Le mauvais goût, c´est parfois de tout voir. De voir le string dans la raie des fesses, de voir les seins tomber trop bas. Car à tout voir, on voit trop bien.
Cette mauvaise habitude à la transparence nous a valu quelques ratés d´exception, parmi lesquels l´exposition Our Body à corps ouverts. On ne saurait trop remercier la cour d´Appel de Paris d´avoir réclamé les preuves du consentement éclairé des donneurs. Faut dire qu´on en avait assez vu sur l´affiche. Un écorché momifié dans la silicone arborant une gestuelle tout ce qu´il y a de naturelle pour un vivant, tout ce qu´il y a de grotesque pour un mort. Un mort qui, avant de tirer à l´arc ou de s´entraîner au marathon dans un musée, pouvait fort bien réfuter de se soumettre à la morale d´inhumation tant qu´il pensait servir la science. Or, on peut se demander pour lui, s´il sert à autre chose qu´à faire fructifier les portefeuilles des exposants. La question reste d´actualité puisque Gunthers von Hagens, anatomiste sulfureux auquel on doit cette curieuse technique de taxidermie humaine, la plastination, s´est installé à Londres jusqu´au 23 août, avec ses quelques deux-cents spécimens qui auront déjà visité San Diego, Tampa, Séville, Lyon, Berlin.
Les momies modernes n´ont pas la pudeur de leurs aïeules. La faute à l´œil qui a évolué, s´est habitué pour réclamer toujours plus de crudité au risque de tomber de l´exhibition et le voyeurisme. Reste à espérer que ne vienne pas le jour que, pour le coup, nous ne verrons pas, où l´on nous exposera derrière une vitrine de grand magasin, en compagnie de notre silencieux médor et des espèces en voix de disparition.
Laetitia Laguzet
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